Chronique des temps présents

17 août 2020  Un, deux,  trois dimanche

Un dimanche à la campagne.  C’est le film de Bertrand Tavernier. J’ai vu ce film avec ma mère. Autrefois ma mère m’emmenait au cinéma le dimanche. Elle redoutait sans doute de rester toute seule le dimanche. Mon père était venu une seule fois avec nous au cinéma. Il avait dit à une vieille que si elle ne pouvait pas s’empêcher de manger des bonbons pendant la projection du film, elle pouvait avoir au moins la délicatesse de manger le papier du bonbon avec le bonbon afin de ne pas agacer les oreilles des spectateurs avec le bruit agaçant du papier du bonbon. Mon père s’était fait engueuler par mère, et depuis, il ne venait plus avec nous au cinéma. J’avais une quinzaine d’années quand j’ai vu le film Un dimanche à la campagne. A cette époque qui remonte à mon adolescence je n’étais pas dégoûté par l’humanisme dégoulinant de la république, et je m’étais demandé si je réaliserais  un jour un film qui serait diffusé dans une salle de cinéma. 

Mon père a reçu un dimanche une lettre dans le domicile qu’il occupe en toute légalité depuis le décès de son épouse et de ma mère. Il m’a avoué pour tenter d’apaiser son habituelle culpabilité qu’il avait ouvert cette lettre par erreur. Contrairement à ce que mon père s’est acharné à  répéter afin de me convaincre de sa supériorité,  cette lettre m’était bien adressée. Je  n’ai  pas renié les révoltes du temps de mon adolescence. Cette amie d’enfance de ma mère écrit dans sa lettre que ses parents quincailliers à Tarbes ont collaboré avec l’occupant nazi et qu’ils ont sauvé ma mère de la déportation. Elle ajoute ensuite qu’elle voudrait retrouver l’exemplaire d’un journal de la résistance communiste  qu’elle avait confié à ma mère et qui accusait ses parents de malversation.  Sa lettre d’excuse se termine sur la profonde amitié que lui témoigne une famille israélite de la région. La mort contrairement à ce que m’a inculqué ma mère dans ma petite enfance n’est pas le néant absolu. Je comprends maintenant pourquoi ma mère malgré son judaïsme s’est mise une seule fois en colère contre moi. Je lui avais dit que la fille d’un dirigeant communiste qui était devenu l’imprimeur du journal maoïste la Cause du Peuple,  avait affirmé que des communistes de la région de Tarbes avaient livré à l’occupant nazi un réseau de résistants anarchistes parce que, avait elle précisé, leur irresponsabilité risquait de mettre en péril tout un réseau de résistants et il était évident que ma mère ne pouvait remettre en cause le rôle qu’elle avait joué dans une organisation communiste locale qui avait lutté contre la barbarie nazie. La désignation d’un coupable aurait eu en effet  pour conséquence de nier son rôle dans une structure de pouvoir qui comme toute structure de pouvoir obéit à des phénomènes qui  nous dépassent.

Cherche pour ne jamais trouver.

En cette fin de dimanche après midi, elle cite sans jamais mentionner le nom des auteurs des documentaires qu’elle a produits. Je souligne  que les Films d’Ici qui ont produit ses films s’appelaient autrefois Ciné lutte. J’ajoute que les réalisateurs de Ciné Lutte ont toujours estimé que les films militants avaient pour fonction de mobiliser la classe ouvrière en lutte contre ce que certains appellent les cent familles. Son mari verse le café équitable dans les tasses recyclées. Je poursuis mon réquisitoire. Un des fondateurs  de Ciné Lutte  est devenu responsable d’achat des documentaires d’une chaîne de télévision du service public. Il a pu ainsi mener à bien sa conquête du plus grand nombre de spectateurs en lutte contre les cent familles. Il s’est ensuite acharné à exclure des circuits de financement  les « petits » producteurs en développant une campagne de calomnie fondée sur une corruption des directeurs d’achat des documentaires que naturellement il ne pratiquait pas, et ainsi que cela était prévisible, toutes ces exclusions en cascade, qui se sont soldés  par le  récent suicide d’un fondateur d’une société de production, ont fini par engendrer l’apparition de nouveaux financiers qui ont pris le pouvoir sur la ligne éditoriale des Films d’Ici . Notre hôtesse observe le rond de serviette que porte à bout de bras son mari et après un bref silence elle  affirme que nos chemins ne sont pas différents. Nous lisons les mêmes livres. Nous regardons les mêmes films.  Nous divergeons simplement sur la tactique à observer. « J’ai acheté cette ancienne ferme fortifiée en intégrant une structure de production et ta proposition d’un cinéma qui privilégie le voyage intérieur sur la réussite extérieure est parfaitement légitime. Nous devons en effet  nous unir contre les prophètes porteurs d’utopie qui  sous prétexte de lutte contre le libéralisme conduisent l’humanité à sa perte » ajoute t elle en écrasant de son index  la mouche  qui s’est posée sur le rond de serviette.

En cette fin de dimanche après midi le vent  siffle entre les jointures de la véranda.« La Mafia s’est appuyée dans un premier temps sur les bisounours de ton genre et a remplacé ensuite Tito au Monténégro, mais je te le dis en toute sincérité, le peuple retrouvera sa dignité perdue et chassera les représentants de la CIA» hurle  le peintre serbe en lançant sous le regard  attendri de son épouse institutrice un pétard qui explose au dessus du poisson rouge qui tournoie dans une cuvette.

Dimanche 08 Juin – Métro Saint Paul Paris-Paris

C’est dimanche. Je l’attends, elle, devant le métro Saint Paul. Je l’avais attendue devant le métro Saint Paul un dimanche il y a plus de quinze ans. Elle m’avait dit « En Espagne nous ne vivons pas avec une montre dans la tête et l’horaire n’est pas l’important ». Pendant que je l’attendais, elle, elle devant moi elle est apparu devant le métro Saint Paul , je n’avais pas rendez vous avec elle, et elle m’avait dit « Qu’est ce que tu fais l? » J’avais répondu que j’attendais une amie. Et contrairement à ce que je pressentais celle que j’avais appelé mon amie est arrivée devant le métro Saint Paul juste au moment ou un homme de petite taille m’a dit « Vous êtes Pierre Merejkowsky, j’ai vu beaucoup de vos vidéos sur internet ». Et elle, ma fille, qui m’avait dit « je suis en retard parce qu’en Espagne nous n’avons pas un chronomètre », je ne sais pas où elle est. Je ne sais pas où elle est. Et devant mes yeux devant elle s’interpose le sourire de ma troisième fille qui agite sa main en s’éloignant avec ses amies de son enfance.

Où est elle?

09 Juin 2020  – Appartements- Paris

Elle m’a téléphoné tous les matins

Puis elle  ne m’a plus téléphoné  tous les matins

Samedi j’étais  heureux

Car elle m’avait dit ne t’inquiète pas nous continuerons à faire de belles choses ensemble 

Dimanche a succédé au samedi

Elle m’a demandé de l’accompagner pour se faire rembourser un matelas

Elle m’a ensuite téléphoné pour me demander où j’étais

Je lui ai répondu que j’étais presque arrivé sur le vélo

Elle m’a dit qu’elle était pressée et que je devais rester me reposer chez elle et qu’elle irait sans moi se faire rembourser le matelas

Son fils a dit « allo » et il a dit « maman est en train de finir ce qu’elle a à faire et elle te rappelle dans une demie heure »

Elle m’a ensuite dit  de la rejoindre chez un national bolchévique de sa connaissance

Quand je suis arrivé elle m’a dit de partir tout de suite avec elle et de manger une bourreque

La compagne nationale bolchévique m’a donné une partition de Fauré

Le national bolchévique m’a dit qu’il m’emmènerait voir une cité ouvrière radieuse

J’ai voulu lui rendre les clefs de son appartement qui était l’appartement de son fils

Son dealer congolais a cru que j’étais de la police

Je lui ai dit que je n’étais pas de la police

J’ai compris qu’elle ne pourrait jamais rembourser le trop perçu titre de créance sous quinzaine de la Caisse d’allocation familiale

Elle m’a ensuite dit que le cinéma des cinéastes auteurs français avait été transformé en Kebab

J’ai parlé aux vendeurs de Kebab ils m’ont dit que le cinéma était  fermé pour cause de crise sanitaire

Elle a continué à me dire que la rue était envahie par les arabes partout

Je lui ai dit que j’étais Juif et donc Arabe

Elle m’a dit que son fils allait vendre l’appartement qu’elle lui avait donné

Et son fils m’a dit ne t’inquiète pas

Elle m’a dit qu’elle n’était pas comme moi de la famille Karamazov

Et qu’elle m’interdisait d’injurier son fils

Elle m’a dit que tous mes amis proches étaient payés par la CIA

Elle m’a dit que j’aimais j’aime la mère de ma fille

Elle m’a dit que je la harcelais au téléphone

Elle m’a dit que ce n’était plus la peine que j’aille avec elle chez l’avocate pour saisir le Tribunal Administratif

Elle m’a dit d’appeler de toute urgence ma psychologue

Mercredi

C’est décidé

Je n’ai plus le choix

Je me déshabillerai

Et peut être qu’elle se masturbera devant moi.

Je lui ai téléphoné tous les matins

Puis je  ne lui ai plus  téléphoné tous les matins

Samedi elle était  heureuse

Car je lui avais dit ne t’inquiète pas nous continuerons à faire de belles choses ensemble 

Dimanche a succédé au samedi

Je lui ai demandé de m’accompagner pour se faire rembourser un matelas

Je lui ai ensuite téléphoné pour lui demander où elle était

Elle m’a répondu qu’elle était presque arrivée sur le vélo

Je lui ai dit que j’étais pressé et qu’elle devait rester se reposer chez moi et que  j’irai sans elle me faire rembourser le matelas

Ma fille a dit «Allo» et elle a dit « papa est en train de finir ce qu’il a à faire et il te rappelle dans une demie heure »

Je lui ai ensuite dit  de me rejoindre chez un national bolchévique de ma connaissance

Quand elle est arrivée je lui ai dit de partir tout de suite avec moi et de manger une bourreque

La compagne nationale bolchévique lui a donné une partition de Fauré

Le national bolchévique lui a dit qu’il l’emmènerait voir une cité ouvrière radieuse

Elle a voulu me rendre les clefs de mon appartement qui était l’appartement de ma fille

Mon dealer congolais a cru qu’elle  était de la police

Elle lui a dit qu’elle n’était pas de la police

Elle a compris que je ne pourrais jamais rembourser le trop perçu titre de créance sous quinzaine de la Caisse d’allocation familiale

Je lui ai ensuite dit que le cinéma des cinéastes auteurs français avait été transformé en Kebab

Elle a parlé aux vendeurs de Kebab, ils lui ont dit que le cinéma était  fermé pour cause de crise sanitaire

J’ai continué à lui dire que la rue était envahie par les arabes partout

Elle a dit qu’elle était Juive et donc Arabe

Je lui ai dit que ma fille allait vendre l’appartement que je  lui avais donné

Et ma fille lui a dit ne t’inquiète pas

Je lui ai dit que je n’étais pas comme elle de la famille Karamazov

Et que je lui interdisais d’injurier ma fille

Je lui ai dit que tous ses amis proches étaient payés par la CIA

Je lui ai dit qu’elle aimait  aime le père de son fils

Je lui ai dit qu’elle me harcelait au téléphone

Je lui ai dit que ce n’était plus la peine qu’elle aille avec moi chez l’avocate pour saisir le Tribunal Administratif

Je lui ai dit d’appeler de toute urgence sa psychologue

Mercredi

C’est décidé

Elle n’a plus le choix

Elle se déshabillera

Et peut être que je me masturberai devant elle.

Publié par merejkowsky

L'artiste n'est pas Dieu. Il est réceptacle. Mes films, mes récits, mes bandes sons, sont commentaires Et espaces de confrontation. En ce sens mes films écrits bandes sons sont libres de diffusion à l'exception des membres des conseils d'administration des sociétés dites d'auteur

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